03 septembre 2023

Lecture à voix haute / Recueil Lisières d'instants / Editions Unicité 2021













 


La bibliothèque ressuscitée

A Carlo Suarès, écrivain, peintre et cabaliste né à Alexandrie en 1892

 

 A Jaffa, Acre, Césarée

Au bord de la Méditerranée

Je savoure le café à la cardamome,

Chaude liqueur qui fait l’encre

De ces lieux liquides

 

Où l’on rêve en plein jour.

Le rituel du temps présent

C’est le nectar de l’instant qui

M’éblouit d’être. Ses creux et ses pleins.

Entendre, voir, sentir, toucher

 

M’invite à communier

Avec la mer des sens

Berçant le port d’Alexandrie.

L’île de Pharos a nommé le signal

Phare. Etincelle tombée du brasier.

 

Et la lanterne fut engloutie

Au fond des âges.

L’étoile portulan passait

Entre ciel et eau

D’où partait et affluait

 

Le sel des Iliades et Odyssées

Vers Athènes, Venise, Tyr, Marseille.

Les mages des rois lagides

Traçaient dans l’eau et les nuages

Les noms du soleil

 

Pour les encenser de hiéroglyphes

Figurant Antoine et Cléopâtre.

Dômes et minarets bleuets changeants,

La baie blanche subjugue la mer lente

Cette litanie d’Orient

 

Qui fait l’or de l’immédiat,

L’œil, précieux globe au bain

Dans la source souterraine.

Avant de lire la bible à la lampe

Des soixante-douze sages qui la passèrent

 

 

De l’hébreu au grec, réunis près de la plage

A Pharos, séjour entouré de silence.

 

 

 

 

 

 

Lointaine Antioche

 

Ni Antioche, ni Ephèse, ni Pergame

Cristallisées dans le sablier des vestiges

Mais Alexandrie, Al- ‘Iskandariyya

L’encore vivante, la beauté passante

Dans l’Egypte moderne.

 

Mon repos est le temps océan

J’y oublierai l’ancien aujourd’hui

Et y retrouverai le nouvel hier,

Le paisible salon où pianote la lumière

Sur la mosaïque du printemps.

 

L’isthme alexandrin s’amarre à l’ouest

Dans les flots perlés d’orient.

La cité d’or solaire se levant

Entre deux eaux, deux états d’être

La mer d’Isis, le lac lune Maréotis.

 

Au nord, la mer du milieu des terres

Au sud, la barque courbe sourit

Dans le crépuscule africain.

Les tambours des danseurs tournent

En rayonnant lentement.

 

C’est une île grecque en Afrique

Un lys épanoui entre les lotus bleus

Et le taxi jaune traverse les faubourgs

Où tant de beauté se marie

A tant de misère.


Le corps du peuple

En oriflamme médiéval

Claque dans le XXIème siècle.

Allant mon chemin

Parmi la foule et l’appel à la prière,

 

Je suis oint de puanteur et de délices.

Une jeune femme au port de reine

Me tend un fruit couleur d’orage

En son geste, la force d’un ange.

 

 

 







Les Places   

 

Je veux revoir la maison des Places

Cachée dans le matin des routes

Où personne ne passe.

De terre-eau à ciel-vent

 

La maison est la membrane d’une nef

Flottant entre terre vague et ciel onde,

Je ressens tout

De la vivante nature qui l’entoure.

 

Le rivage des clairières

Les jappements de la meute,

Le clocher qui sonne dix-huit heures

Entre les piétinements du bétail.

 

Vue depuis le chêne au Roy, colline d’en-face

La maison est seule entre les prés.

Sculpture d’espace émeraude,

Fins ruisseaux à l’étiage, haies agiles.

 

Un drapé de brume voile toute la plaine,

Compose un feuillage fragile et sibyllin

Comme les harmonies d’une harpe

Dans l’air léger.

 

  

Les corbeaux picorent

Au milieu des vaches

Les histoires de village

Cachées sous l’herbe.

 

Je reconnais à travers les volets à claire-voie

Une lumière aimante,

Le cœur rayonnant de ceux auprès de qui

Le repos est si doux.

 

Si nombreux sont les esprits

Accompagnant mes pas

Que le vent souligne le crépuscule,

Rehausse les lueurs

 

De sept marches pour descendre

Dans les saisons de la terre.

Le creuset d’hiver brasse

Les odeurs de pâture

 

Et des bêtes fumantes,

Du végétal qui se désagrège

Dans l’humide et le gel.

Au seuil du sous-sol, la clé craque

 

La serrure puis l’antre cave

Entonnent ce chant de noire caverne

Où l’on s’éclaire à la lanterne.

Au milieu un puits,

 

 

Un regard d’étoiles ombreuses scintille

Sur les eaux telluriques.

Elles ont ce lustre du feu sombre,

Ce sont les méandres de l’en-bas.

 

Vers le repos des alluvions

Les tourbillons d’eau matricielle,

Haillons de pluie déchirés

Entre l’ancien et le moderne.


Pascal Mora


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